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Soutenance de thèse - Mitra Asfari

Mitra Asfari

Etrangers endotiques de Téhéran. Une ethnographie des dynamiques identitaires des Gorbat

Le 20 Novembre 2015 à 10 heures, Amphi Durkheim, à la Sorbonne, Mitra Asfari soutiendra sa thèse de doctorat sous la direction de Francis Affergan.

Membres du jury :

Jean-Pierre Digard (Rapporteur)- Directeur de recherche émérite (CNRS), Fariba Adelkhah (Rapporteur)- Directrice de recherche (Science Po-Ceri), Francis Affergan(Directeur de la thèse)- Professeur émérite (Paris V-René Descartes), Erwan Dianteill- Professeur de l’université (Paris V-René Descartes), Anne Raulin- Professeure de l’université (Paris Ouest Nanterre.


Résumé :

Des groupes de femmes et d’enfants mendient aux carrefours de la capitale iranienne. Ces individus sont systématiquement méprisés et appelés sous le terme vague et général de Kowli (bohémien, Tsigane), tandis qu’ils font partie d’un groupe ethnique et d’une communauté linguistique, méconnus entièrement par les Iraniens et les universitaires. Cette étude entame pour la première fois une recherche ethnographique de ce groupe « péripatétique », qui se nomme, Ġorbat, voulant dire : le pays étranger, l’exile. Quelles sont les origines de cet ethnonyme et les modes de son appropriation par ce groupe ? Comment ce groupe survit-il culturellement ? Comment entretient-il ses frontières avec la société majoritaire et d’autres communautés minoritaires ? Cette étude propose comme porte d’entrée à la vision du monde des Ġorbat, l’analyse de la pratique d’adūri. Il s’agit d’une étape incontournable dans la vie de tous les jeunes ġorbat de Bābol, consistant en la pratique de la mendicité (adūri) exercée quotidiennement aux carrefours de Téhéran, et sous la surveillance d’au moins l’une des femmes de leur lignage. La pratique d’adūri est décrite eu égard à toutes les strates de signification menant à la production, l’aperception et l’interprétation de l’action performative. Cette analyse minutieuse ouvre la vision sur une lecture dramaturgique de la mendicité, à la manière de « social drama » développé par Victor Turner. Sous forme de rite liminaire et d’une manière dramaturgique, c’est à travers l’adūri que le jeune ġorbat acquiert le statut d’adulte et conçoit les deux catégories anthropologiques de « nous les Ġorbat » et d’ « eux les tāï (non-ġorbat) ». Ce phénomène s’impose donc comme un évènement central dans la construction de l’identité communautaire de l’individu ġorbat. Comme paradigme sociologique, cette étude suggère d’observer la société ġorbat à travers les rapports qu’elle entretient avec le non-ġorbat. Or, ces rapports ne s’expliquent pas seulement par l’économie, ni par la politique mais par le culturel. L’identité et l’altérité se jouent au niveau des interactions sociales de la vie quotidienne, dans un espace liminal, en oscillation entre deux cadres moraux et deux systèmes de valeurs. C’est par un va-et-vient entre deux sphères de construction et de déconstruction de sens, que se dessinent ces rapports à soi et à l’autre. C’est au niveau intermédiaire entre les deux sphères qu’il est possible d’observer les points de divergence, ainsi que les sphères où le Ġorbat ne fait qu’un avec la société globale.

Abstract :

Groups of women and children beg regularly at intersections in the Iranian capital. These individuals are commonly despised and referred to as Kowli (Bohemian Gypsy), while they are part of an ethnic group and a linguistic community, completely ignored by the Iranians and scholars. This study introduces for the first time an ethnographic research of this "peripatetic" group named, Ġorbat, meaning the foreign country, the exile. What are the origins of this ethnonym ? How does the group survive culturally ? How does he keep its boundaries with the global society and other minorities ? This study focuses on one of the agglomeration of this ethnic group from the city of Babol in northern Iran. It offers a gateway to the worldview of this population, through the study of a relevant step in the life of every young Babolian Ġorbat. This step consists of begging (adūri) daily at the crossroads of Tehran, practiced by all children under the supervision of at least one of the women of their lineage. Thus, this practice reveals certain kinship relations and highlights in particular the structure of the patrilineal lineage in the Ġorbat community. Furthermore, the practice of adūri is described according to each stratum of meaning leading to the production, perception and interpretation of a significant interaction. This meticulous analysis opens our vision to a dramatic view of begging, in the sense that Victor Turner employs this paradigm in "anthropology of performance". Begging is performed as a rite and produces a drama through which the cultural framework and symbols employed become visible through the social interaction between the Ġorbat and the non-ġorbat. This phenomenon emerges as a central event in the social life of the Ġorbat and the construction of the collective identity of the individual. As a sociological paradigm, this study suggests to observe the Ġorbat society through its relations with the non-ġorbat. However, these relations are not only based on economy nor on politics but on cultural features. The identity and otherness are defined through social interactions of everyday life, by oscillation between two moral frameworks and two value systems. It is through this back-and-forth between two spheres of construction and deconstruction of meaning that the definition of self and of the other emerges. This is at this intermediate level between the two spheres that it becomes possible to observe the points of divergence, but also the spheres where the Ġorbat is unified with the global society.

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