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Axe 3 : Anthropologie de la maladie et de la santé : le sens du mal

Cet axe porte la signification culturelle du rapport au corps et à ses troubles. Le corps, les affects, la gestuelle, les sens font l’objet d’une intense activité culturelle dans toutes les sociétés. Il n’existe donc aucune maladie qui ne revête une valeur symbolique et qui ne soit articulée au système général des signes circulant en société, en Occident et en dehors de l’Occident. De même, toute thérapeutique comprend une dimension échappant au rapport impersonnel de cause à effet. Dans un grand nombre de cultures, cette dimension est de nature religieuse et morale.

Cet axe porte donc sur les représentations du mal et les pratiques mises en place pour lui donner un sens et lui faire face.

La dimension sociale du mal

Le mal, compris ici au sens de malheur, adversité, événement indésirable ainsi que toute forme de souffrance individuelle ou collective, apparaît au niveau du sens commun comme une dimension pan-humaine, pré-culturelle, capable, comme peu d’autres faits de la vie, de fournir les bases d’une éthique et une épistémologie universaliste. Or l’analyse anthropologique depuis ses origines a contribué à mettre en lumière la dimension intrinsèquement sociale du mal.

Le caractère ambigu et polyvalent que porte la notion de « dimension sociale du malheur » (Marc Augé et Claudine Herzlich, 1984) appelle à une attention particulière et servira de point de départ à notre programme de recherche.

Tout d’abord, le fait que le mal ait une dimension sociale implique que celui-ci relève toujours d’une interprétation sociale tributaire d’un système nosologique déterminé, élaboré et maintenu par le biais d’institutions et de pratiques spécifiques à une société.

En second lieu, le mal est social de par le fait que le système d’interprétation dont dépend sa signification relève d’une grille unique d’interprétation du monde qui, au sein d’une société donnée, gouverne les différents domaines de la vie en société : la représentation du mal, le concept de personne, le corps, les pouvoirs et institutions, les normes et les valeurs qui régulent l’interaction entre sujets.

La fertilité euristique de ce domaine de recherche permettra d’articuler plusieurs thématiques autour de la dimension sociale du mal et du malheur.

Le sens du mal

L’une des interrogations principales soulevées par la question de la dimension sociale du mal est celle relative au sens. La question du sens a fortement imprégné l’anthropologie française, notamment les travaux dédiés à la maladie et la santé. Cet intérêt continu pour le sens a permis de mettre en lumière la façon dont les représentations de la santé, de la maladie et les recours thérapeutiques sont indissociables d’un système symbolique global. Il est important de souligner comment, dans la perspective ouverte par les contributions de différents auteurs, la dimension sociale du mal n’est pas uniquement une donnée qui ressortit à l‘analyse ethnologique mais constitue également la base d’un programme de recherche visant à affiner et renouveler la problématique anthropologique elle-même. En effet, l’étude du symbolisme mis en œuvre pour décrire et maîtriser le malheur dans différentes sociétés est susceptible d’éclairer le débat toujours ouvert sur la rationalité des systèmes de savoir et de croyance différents de la science occidentale.

La maladie

Parmi les différents types de malheurs qui affectent les individus et auxquels il est nécessaire de donner un sens, la maladie et les formes de signification culturelle du rapport au corps et à ses troubles constituent un excellent objet d’investigation afin d’éclaircir non seulement les dynamiques d’interprétation du mal, mais aussi les processus sociaux de façon plus générale.

Dans les projets que le laboratoire développera dans les années à venir, l’anthropologie de la maladie n’est pas envisagée comme distincte de l’anthropologie culturelle et sociale. Une anthropologie de la maladie ne doit pas s’isoler du projet anthropologique global. Il s’agit de comprendre ce qui relève de la représentation, de la pratique et/ou de la politique du corps dans les domaines de la maladie et de la santé mais aussi ce que ces représentations et ces pratiques nous révèlent de la société et de ses sujets. Les recherches qui seront menées par les chercheurs du CANTHEL autour de cet axe d’enquête viseront aussi à montrer comment l’étude de la maladie, de ses représentations ainsi que des pratiques qui accompagnent ses représentations ne se réduit pas à une dimension unique, qu’elle soit politique, religieuse ou thérapeutique, mais appelle l’éclairage de plusieurs démarche d’analyse.

L’événement

L’analyse de la dimension sociale du mal permet aussi de nourrir un débat collectif sur le concept d’événement. Selon la terminologie de De Martino, l’événement, en particulier dans le cas de la « souffrance » l’événement-maladie, induit au niveau personnel une « crise de la présence », à savoir l’impossibilité de « donner un horizon formel à la souffrance, de la rendre objective dans une forme particulière de cohérence culturelle » (De Martino, 1975 [1958]:15). Ainsi l’événement constitue un lieu privilégié très précieux pour la compréhension du contexte social de par ses dynamiques intrinsèques de construction, reconstruction et de négociation.

Cet axe de recherche se propose de cerner certains des enjeux théoriques et empiriques associés à la construction sociale du malheur, son interprétation et sa gestion à travers la prise en considération d’un domaine spécifique : celui des événements liés à la santé et la maladie.

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