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Journée d’études « jeunes chercheurs » du CANTHEL, mardi 09 juin 2015

« MEMOIRES ET VIOLENCES DE MASSE »

Cette journée d’études des « jeunes chercheurs », organisée par le CANTEL (Centre d’anthropologie culturelle de l’Université Paris Descartes), se propose d’interroger les mémoires constituées à la suite de violences de masse. Elle s’intéressera en particulier aux mémoires traumatiques dans les sociétés post-conflit (guerre, génocide, crimes de masse) ainsi qu’à celles à l’œuvre dans les sociétés marquées par un tragique passé de domination (esclavage, colonisation, dictature, etc.).

Comme l’a souligné M. Baussant (2007), la notion de mémoire, par nature polysémique et plurielle, engage non seulement les mécanismes de rappel et les souvenirs eux-mêmes, mais aussi les processus dynamiques de relecture des représentations sociales qui sont étroitement associées aux identités collectives du présent. Par ailleurs, la mémoire, devenue aussi un phénomène social de plus en plus prégnant et médiatisé depuis les années 1980, a connu un processus de mondialisation dont les modalités d’expression et de légitimité tendent à s’uniformiser (Rousso 2010).

Aussi, l’attention récente portée au traumatisme et au soulagement de la souffrance doit-elle être appréhendée à l’aune de la reconfiguration d’une nouvelle « économie morale » centrée sur « la condition de victime » dans les sociétés contemporaines (Fassin et Rechtman 2007). Celle-ci revêt ainsi une particulière acuité à partir du tournant des années 2000 et de la mise en place, à l’échelle internationale, des procédures dites de justice transitionnelle dans les sociétés post-conflit, dont les commissions de vérité sont un des rouages essentiels (Lefranc 2008).

Ces procédures conduisent notamment les Etats à adopter des politiques de réparation économiques mais aussi symboliques. Celles-ci peuvent être très variées : compensations financières aux familles de victimes, reconnaissance officielle de l’exploitation et de la spoliation des ancêtres, ouverture de charniers de la guerre, poursuite judiciaire des responsables d’exécutions et disparitions forcées, etc.

La question des réparations relatives aux violences passées, au sens large, est devenue, depuis quelque temps, l’objet d’une focalisation et un enjeu politique de premier ordre pour certains groupes sociaux en quête de visibilité et de reconnaissance de leurs tourments ou de ceux endurés par leurs aïeux (Survivants de génocide, Mouvements d’Afro-descendants, fils ou petits-fils de militants politiques assassinés, collectifs de mères et grand-mères de disparus, etc.). Mais ce thème des réparations a aussi engendré des tensions qui ont parfois opposé durement les mémoires en lice, donnant lieu à une « concurrence des victimes » dans l’espace public (Chaumont 1997).

Cette journée pourra notamment s’articuler autour des trois axes suivants, chacun des communicants pouvant opter pour l’un d’entre eux, voire décliner des thèmes proches.

Le premier axe de cette journée réfléchira aux mises en scène publiques et aux usages sociaux des politiques de remémoration de la violence par la création de lieux de mémoire matériels – Monuments aux morts, plaques, musées et parcs de la mémoire, cénotaphes – et idéels – journées commémoratives, programmes scolaires… Il s’intéressera en particulier à la façon dont se constituent ces lieux de mémoire et aux logiques d’organisation des pratiques commémoratives mais aussi aux conflits mémoriels qui en découlent.

Le deuxième axe se propose de déplacer la focale vers la dimension plus personnelle et corporelle de la violence et du traumatisme. Il s’agira d’aborder la façon dont la violence s’imprime sur/dans la chair des individus (corps torturés, tatoués, violés, mutilés, malades). Comment appréhender, d’un point de vue anthropologique, ce « corps-mémoire » qui exhibe les traces de la souffrance vécue et prolonge la présence du passé dans le quotidien des survivants et/ou de leurs descendants ? Comment, aussi, prendre en considération la spécificité de la dimension genrée de la violence sexuelle et de ses séquelles ? Stérilisations ou grossesses forcées, enfants « bâtards », dans le cas des femmes ; castrations et viols carcéraux pour les hommes, notamment. Comment, enfin, gère-t-on les cadavres de masse (Anstett et Dreyfus 2012), le corps absent des disparus, voire les corps retrouvés lors des exhumations ?

Le dernier axe, autour du concept de « postmémoire » (Hirsch), envisage l’analyse des processus de transmission des mémoires de la violence et du traumatisme aux générations ultérieures autour de trois items. D’une part, la constitution des divers vecteurs mémoriels – famille, acteurs institutionnels (associations, école, Etat). D’autre part, la création des différents supports mémoriels – récits autobiographiques, productions culturelles (cinéma, théâtre, arts plastiques), tourisme mémoriel, etc. Enfin, dans l’étude de ces transmissions, nécessairement sélectives, il conviendra aussi de ne pas négliger la question des oublis, des non-dits, des silences voire des secrets qui les accompagnent.

Téléchargez le programme de la journée en PDF :

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